Le vice et Bukowski 

Il y a chez tout un chacun, peut-être parce que les Etats-Unis sont les rois du divertissement, ancré, l’attrait du “Rêve américain”. L’illusion fragile, d’une Amérique de la méritocratie. Comme s’il était simple de réussir, et qu’à force de persévérance n’importe qui pouvait être Jeff Bezos ou Elon Musk. Un espoir hypocrite. En soit, un mensonge qui a poussé des centaines de milliers d’immigrants, à tenter leur chance aux USA. Certains, sans doute, ont gravé l’histoire de leurs réussites. Pour les autres, le voyage n’était que l’amorce d’un grand naufrage. Et souvent quand on se noie, quand il n’y a plus rien à sauver, quelque chose de sombre fait surface.

Bukowski a connu ce genre de violence, c’est un enfant de la brutalité. Né dans les années 20, issu d’une famille allemande, pauvre et immigré, condamné à n’incarner toujours que la misère. Bukowski a trouvé dans l’écriture une porte de sortie. Le radeau sur lequel il s’est tenu toute sa vie, toujours à un pas du vide. 

Il n’en reste pas moins un symbole, il est l’Amérique oubliée du rêve américain. 

Cru, choquant parfois et souvent vulgaire. Bukowski décrit toujours la misère, le peu de réconfort que l’on trouve dans des bonheurs illusoires. Il parle de ceux qui ont sombré. Son écriture est presque toujours au bord du coma éthylique, et quand elle ne l’est pas. Elle vomit, insulte, frappe, elle a une libido effrayante. Rien ne vous épargne chez Bukowski, les choses sont dites telles qu’elles sont, comme arrachées au réel.  

Dans Au sud de nulle part, il explore en une vingtaine de nouvelles, les coins les plus sombres. Trace une géographie de l’Amérique des reclus, des hommes et femmes retirés dans les trous les plus sordides. Il développe une fresque de grande solitude, cynique et fataliste. Mais entre cannibalisme, misère amoureuse et alcoolisme, ce qui semble résolument affreux devient drôle. Un humour sûrement pas du goût de tous, mais qui saura tout de même en toucher certains.   

Finalement, je crois que l’on peut résumer ce roman en une phrase :

“Les pervers m’intéressent davantage que les saints. Quand je suis avec des ratés, je me sens bien, étant moi-même un raté. Je n’aime pas la loi, la morale, la religion, les règlements. Je refuse d’être modelé par la société.”

par Enzo Javelon

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