Press conference with NATO Secretary General Jens Stoltenberg and the Minister of Foreign Affairs of Ukraine, Dmytro Kuleba

UKRAINE : quatre questions pour comprendre la crise

Depuis la mi-novembre, les pays occidentaux craignent une nouvelle offensive de la Russie en Ukraine,

Depuis la mi-novembre, les pays occidentaux craignent une nouvelle offensive de la Russie en Ukraine, en raison d’un afflux important de troupes russes à la frontière. Cette nouvelle démonstration de force du Kremlin fait craindre une énième escalade, voire un risque de conflit ouvert, ravivant ainsi les souvenirs de l’invasion de la Crimée en 2014. 

Quelle est l’origine des tensions entre la Russie et l’Ukraine ? Que reproche-t-on à la Russie ? Comment les États-Unis et l’Union Européenne répondent à cette nouvelle crise ? Voici quelques éclaircissements… 

1. Quel est le contexte en Ukraine ?

Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à l’année 2014, alors qu’un soulèvement populaire a chassé le président prorusse du pouvoir en Ukraine. Peu après, en mars, la Russie a annexé la Crimée, une péninsule du sud de l’Ukraine, à la suite d’une intervention militaire et d’un référendum non reconnu par les Occidentaux et le gouvernement ukrainien. En avril, le conflit dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, a éclaté entre des séparatistes pro-russes soutenus par Moscou réclament le territoire et le gouvernement de Kiev. Dans cette zone instable, le conflit a déjà fait 13 000 morts, 30 000 blessés et 2 millions de réfugiés, et ce malgré les accords de cessez-le-feu de Minsk conclus en 2015 entre la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine. Ces accords, défavorables à l’Ukraine, ont fixé la ligne de contact entre les forces loyalistes et celles des Républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk. L’Ukraine a ainsi perdu le contrôle de sa frontière avec la Russie et 3 % de son territoire. Les négociations sur le statut du Donbass ont finalement échoué et c’est ce qui explique la récente montée de tension.

Depuis lors, les incidents armés sur cette ligne de contact sont réguliers et le Kremlin est accusé de participer à ce conflit en livrant troupes, armes et financement. Ainsi, fin novembre 2021, l’Ukraine assure que la Russie a massé près de 92 000 soldats à ses frontières, pour une offensive fin janvier ou début février. Toutefois, la Russie dément toute volonté d’invasion de l’Ukraine et justifie sa mobilisation armée aux abords de la frontière non seulement comme étant une protection face à une hypothétique reconquête du Donbass par Kiev, où vivent près de 600 000 ukrainiens dotés d’un passeport Russe mais également comme une réponse à des exercices de l’OTAN pilotés en Europe.

2. Que veulent l’Ukraine et la Russie ?

L’Ukraine souhaite retrouver le contrôle sur l’intégralité de son territoire, et donc la Crimée et la partie est du Donbass, se rapprocher de l’Union européenne et intégrer l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, une alliance politique et militaire formée de 30 pays – dont les États-Unis et de nombreux pays européens) afin d’échapper à l’influence de Moscou, mais Vladimir Poutine ne voit pas ce rapprochement d’un très bon œil. D’une part, selon lui, les Russes et les Ukrainiens forment un seul peuple. D’autre part, il cherche à interdire aux anciens pays membres du bloc soviétique de choisir leurs alliés et leur système de défense afin de freiner l’expansion de l’OTAN vers l’Est et garder une forte emprise sur ces territoires. Ainsi, la Russie exige notamment des garanties sur un non-élargissement de l’OTAN. Selon cette alliance militaire, une attaque armée contre un membre est « considérée comme une attaque contre toutes les parties », ce qui mène à une implication des autres membres. Le gouvernement de Moscou dit se sentir menacé par une possible expansion de l’OTAN à ses portes. 

3. Comment l’Ukraine, l’OTAN, les USA et l’UE ont-ils réagi ?

Depuis le début de la guerre dans le Donbass et l’annexion de la Crimée, l’Ukraine ne cesse d’alerter les États-Unis et de l’UE sur cette crise qui ne la concerne pas seulement mais aussi les relations entre Moscou, l’OTAN et l’Occident. La crise actuelle constitue bien un enjeu de sécurité mondiale. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a notamment appelé l’UE à durcir sa politique à l’égard de Moscou car selon lui, la Russie met en péril la sécurité et la paix de l’Europe toute entière. 

Depuis la mi-novembre, les États-Unis et l’OTAN ont exprimé de vives inquiétudes quant aux activités militaires inhabituelles de la part de la Russie aux abords de l’Ukraine, laissant présager une possible invasion du pays, ce qu’a nié la Russie. L’OTAN peut soutenir l’Ukraine mais dans la limite des textes et ne pourra donc pas engager l’article 5 qui prévoit une intervention en cas d’attaque d’un pays membre au profit de l’Ukraine. Les USA optent pour la fermeté diplomatique face à Vladimir Poutine. Ils ont rejeté les exigences sécuritaires du président russe : pas question de renoncer à un éventuel élargissement de l’OTAN à l’Est. Ils menacent d’annuler le projet de gazoduc Nord Stream 2 si Moscou s’en prend à l’Ukraine. Ce pipeline, reliant la Russie à l’Allemagne,  permettrait de doubler les livraisons de gaz naturel vers l’Europe et surtout de remplir un peu plus les poches des Russes. 

L’UE réagit en ordre dispersé, au vu de sa dépendance énergétique au gaz russe et parce que tous ses États membres n’ont pas le même rapport avec la Russie. L’UE s’est jointe aux États-Unis pour prévenir des lourdes sanctions économiques et politiques auxquelles s’exposerait la Russie en cas d’invasion du territoire ukrainien — faute de possibilités d’intervention militaire qui impliquerait une confrontation directe entre des soldats américains et russes. Si l’UE tergiverse, le Royaume-Uni prend les devants sur la scène internationale en annonçant l’envoi d’armements, comme des missiles antichars, vers l’Ukraine tandis que l’Allemagne a rejeté le soutien militaire demandé par Kiev. Le 28 janvier, les deux dirigeants français et russe se sont parlés au téléphone, et se sont entendus sur la « nécessité d’une désescalade »

4. La Russie risque-t-elle vraiment d’envahir son voisin ?

Bien que les tensions s’accroissent de jour en jour entre les deux voisins, une escalade militaire qui conduirait à l’invasion de l’Ukraine est actuellement peu vraisemblable, et ce pour plusieurs raisons. 

Tout d’abord, pour un aspect pratique. En effet, l’armée russe a très largement la force de frappe nécessaire pour écraser son voisin. En revanche, «c’est une chose de défaire quelques unités ukrainiennes, c’en est une autre d’administrer les territoires. Cela paraît extrêmement compliqué», estime Arnaud Dubien. « La Russie ne dispose tout simplement pas d’effectifs suffisants pour cela », confirme à Libération Alexandre Goltz, expert militaire. D’autant plus que selon les analystes, il n’y a en réalité pas 175 000 soldats russes postés à la frontière mais plutôt 100 000.

Par ailleurs, logiquement une telle attaque aura de lourdes conséquences pour la Russie. En effet, si un affrontement direct éclate, la Russie sera tenue responsable de l’attaque et se verra condamnée à lourdes sanctions économiques et politiques, comme évoqué précédemment.

En bref, un passage à l’action de la Russie semble très risqué. Le Kremlin préfère donc actuellement opter pour une stratégie d’intimidation afin de dissuader l’OTAN de tout rapprochement avec l’Ukraine, plutôt que d’employer la force militaire qui serait peut-être plus désavantageuse pour la Russie qu’une invasion. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères déclarait le 17 janvier 2022 que « ce nouveau coup de pression de Vladimir Poutine ne concerne pas l’Ukraine dont il veut prendre le contrôle. […] Le président russe veut surtout humilier l’Occident et rétablir ses sphères d’influence en Europe. » 

À l’heure où cet article est publié, il est difficile de voir comment la situation va évoluer, même si la diplomatie semble avoir repris ses droits. Ces nouveaux incidents doivent agir comme une piqûre de rappel sur les tensions qui existent aux frontières de l’Europe et rappeler que l’UE n’est pas à l’abri de nouvelles menaces pour sa sécurité et sa paix. 

Infographie pour mieux comprendre les objectifs des offensives russes en Ukraine.

ACTUALISATION :

Depuis la rédaction de cet article, la situation en Ukraine a beaucoup évolué. Quand en janvier nous estimions qu’une invasion massive de l’Ukraine par la Russie était peu probable, les récents événements ont donc prouvé le contraire. Néanmoins, cet article permet toujours de comprendre les évènements passés qui ont conduit à cette crise et laisse un témoignage de l’évolution de la situation. 

Parce que la situation en Ukraine est très instable et évolue d’heure en heure, nous vous invitons fortement à vous tenir informés de la situation auprès des médias fiables , tout en gardant un esprit critique et d’analyse car les fausses informations sont très nombreuses !

2 thoughts on “UKRAINE : quatre questions pour comprendre la crise

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *