La Birmanie face à diverses crises

Que diriez-vous d’une petite virée en Birmanie ? Mais ne prenez pas de crème solaire ni de maillot de bain car je vous emmène avec moi à Naypyidaw, capitale de la Birmanie ou du Myanmar.

Que diriez-vous d’une petite virée en Birmanie ? Mais ne prenez pas de crème solaire ni de maillot de bain car je vous emmène avec moi à Naypyidaw, capitale de la Birmanie ou du Myanmar. La junte au pouvoir a rebaptisé la Birmanie Myanmar pour effacer le passé colonial britannique. Mais le camp démocratique d’Aung San Suu Kyi défend encore le nom Burma, en anglais, ou Birmanie. Ce pays singulier, très difficile à unir en raison de sa diversité ethnique, religieuse et linguistique, connait une crise diplomatique, depuis maintenant près de 59 ans car le pouvoir ne cesse de chavirer entre les partisans d’une dictature militaire et les défenseurs de la démocratie. La Birmanie-Myanmar compte trois coups d’État depuis son indépendance en 1948.

Le passage d’un pouvoir militaire à un pouvoir modéré

En 2008, une nouvelle Constitution est rédigée par la junte militaire. Sophie Boisseau du Rocher (docteur en géopolitique et chercheuse associée au centre Asie de l’Institut Français des Relations Internationales) nous explique que les militaires ont bien défini « les règles du jeu » : ils gardent le contrôle sur trois ministères clés (Armée, Sécurité intérieure et frontières), sur 25 % des sièges qu’ils se réservent au Parlement (et surtout obligent que toute loi concernant un changement de la constitution soit validée à plus de 75 %) et empêchent tout citoyen birman marié à un étranger (ce qui est le cas d’Aung San Suu Kyi, dont le mari était britannique) d’accéder aux plus hautes fonctions.

Un fiasco, la crise des Rohingyas

Nous commençons par l’une des principales défaites de la présidente birmane, « The Lady ». Une défaite qui a taché son image auprès des occidentaux. Les Rohingyas sont une minorité musulmane. Depuis août 2017, près de 740 000 d’entre eux sont partis se réfugier au Bangladesh en raison des persécutions de l’armée birmane. Ceux qui sont restés, se sont, le 25 août 2017 rebellés contre la junte militaire en attaquant des postes de police à l’ouest de la Birmanie dans l’Etat Rakhine. Cette petite révolte a causé la mort de policiers mais l’armée a riposté en détruisant des villages présentés comme des représailles « anti-terroristes ». Le gouvernement birman a annoncé que sa police a tué 400 rohingyas mais l’ONU déplore près de 1000 victimes. Les Etats-Unis ont dénoncé un « nettoyage ethnique ». En septembre 2017, la présidente birmane sort du silence en justifiant la répression contre les Rohingyas. La communauté internationale dénonce « son ambiguïté à l’égard de cette minorité musulmane, des apatrides considérés par la société birmane comme des étrangers menaçant l’identité nationale. » Le soit une année après les attaques que ce terme a été officiellement adopté. Le 27 août 2018, les enquêteurs de l’ONU ont demandé́ à la Cour de justice internationale (CIJ) de condamner le chef de l’armée birmane ainsi que cinq autres officiers pour « génocide », « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre ». La CIJ, plus haute juridiction de l’ONU a été saisie après un appel de l’Organisation de la coopération islamique qui entame un procédure contre la Birmanie pour les actes de génocide. Dans le camp de réfugiés de Naybara, près de Cox’s Bazar, en décembre 2017. Photo: Le figaro ED JONES/AFP 23 novembre, un accord est signé entre la Birmanie et le Bangladesh pour que les réfugiés birmans puissent revenir en sécurité en Birmanie. Malgré les aspects, pour beaucoup, il s’agissait d’un génocide car l’ensemble des actes étaient commandités et préparés par l’armée mais ce n’est qu’en 2018.

Les Rohingyas portent plainte contre Meta.

Des réfugiés Rohingyas engagent des poursuites contre Meta PlatformsInc : avant connu sous le nom de Facebook. La minorité accuse le réseau social de ne pas avoir pris des mesures nécessaires contre les discours haineux. Les algorithmes auraient favorisé la désinformation. Les accusateurs ont expliqué que « Facebook est comme un robot programmé avec une unique mission : développer […] la croissance de Facebook, nourrie par la haine […] a laissé dans son sillage des centaines de milliers de vies rohingyas dévastées ».

Aung San Suu Kyi, la femme du pays

Aung San Suu Kyi est une importante femme politique birmane. Pour les birmans, elle est un rayon de soleil en raison de ses idées pro-démocrates. Née en 1945 en Birmanie, issue d’un milieu diplomatique, elle est la principale opposante à l’ensemble des dictatures militaires se succédant entre 1962 et 2011. Rien ne la destinait à une carrière politique à l’exception de ses convictions familiales et personnelles. En effet, elle est la fille de Aung San mili[1]taire et négociateur de l’indépendance du pays en 1947. Elle s’envole en Inde, aux Etats-Unis ainsi qu’au Royaume-Uni où elle se marie à 27 ans. Après avoir fondé une famille, elle retourne sur sa terre natale pour veiller sur sa mère malade. En 1989, elle est assignée à résidence pour la première fois et ce durant plus de 15 années. Pour l’encourager, la communauté internationale lui offre le Prix Nobel de la Paix en 1991. En 2012, Aung San Suu Kyi est élue députée puis en 2016, conseillère spéciale de l’Etat. La «Dame de Rangoun» devient de facto la chef de gouvernement. Cinq années se sont écoulées et en 2020, les Birmans sont de nouveau appelés aux urnes. La mobilisation a créé un véritable raz-de-marée chez les électeurs et le parti démocrate a obtenu 82,5 % des sièges pour moins de 10 % pour le parti de l’Armée. Comme Donald Trump l’avait fait dans son pays, la junte militaire a demandé un recompte total des voix. La commission électorale refuse et, trois mois plus tard, en février 2021, l’armée décide d’utiliser la force. Tout était brodé grâce à la Constitution rédigée en 2008 soit 13 ans plus tôt. Autrement dit, les militaires au pouvoir ont mis fin à la jeune et fragile démocratie birmane. Aung San Suu Kyi est désormais de nouveau en prison, comme le président honorifique Win Myint Win Myint. La crise vire au bain de sang selon les autorités locales, 570 manifestants auraient péri. De quoi est accusée l’icône de la démocratie ? Dans un premier temps de délits mineurs comme l’im[1]portation illégale de talkies-walkies et le non-respect des restrictions liées à la Covid19. Deuxio, elle est inculpée pour violation d’une loi sur les télécommunications et «incitation aux troubles publics». La junte l’accuse aussi d’avoir reçu 600 000 dollars et 11,2 kg d’Or. Mais le peuple ne se résigne pas et les grandes puissances dont la Chine et les États-Unis, suivent d’un œil attentif l’évolution de la situation. Qui sont les manifestants? Ce sont des artistes, des ouvriers, des moines et des étudiants. Ils veulent un retour à la démocratie donc une libération de leur leader.

Photo: Le monde

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